La Bravade, il y a 150 ans
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Article du Journal "LE MERCURE APTESIEN" du 5 Mai 1861



Ces jours-ci Fréjus n'était plus la petite ville calme et silencieuse comme les belles ruines qui l'entourent et la décorent si bien.

Le voyageur qui se serait approché de ses vieilles murailles dont quelques pans, brunis et fleuris par les siècles, sont encore debout, aurait été très étonné d'entendre sortir de l'antique Cité des rumeurs confuses et des bruits éclatants et prolongés.
Etaient-ce les Sarrasins qui avaient débarqué pour saccager les plaines riches et fertiles s'étendant jusqu'à la mer et enlever les brunes Provençales destinées à peupler leurs harems ?
Charles Quint était-il descendu avec ses soldats des rampes abruptes de l'Estérel et venait-il porter le carnage et la désolation dans la ville ?
Non. Les sectateurs de Mahomet ne ravagent plus nos contrées ; ils ont fort à faire, on le sait, pour se défendre et se maintenir chez eux. Quant à l'orgueilleux rival de François Ier , il dort depuis longtemps et pour toujours dans sa tombe du couvent de Saint Just.
Tout ce bruit et tout ce tapage étaient causés par la Bravade qui avait lieu à l'occasion de la fête de Saint François de Paule, le glorieux patron des Fréjussiens (25 !).

Disons vite que cette solennité religieuse, historique et militaire a été célébrée avec une grande pompe, au milieu d'un nombreux concours d'étrangers.

Les jeunes gens qui en faisaient partie ont dépensé beaucoup de zèle, d'intelligence et … de poudre pour la rendre aussi agréable que bruyante, et ils y ont pleinement réussi.
La municipalité a présidé à cette fête avec un zèle et un dévouement qui l'honorent.
La religion l'a consacrée par ces cérémonies si pompeuses et si touchantes.
Ainsi, il y a eu bénédiction des armes et des drapeaux à la chapelle Saint François et le dimanche matin une messe basse a été dite à la Cathédrale pour la Bravade.

Mais nous devons surtout signaler la scène si belle et si poétique par laquelle on a voulu reproduire et figurer le récit de la tradition, relativement à l'arrivée de Saint François de Paule à Fréjus, lorsque cette ville était désolée par la peste.

A cet effet, samedi matin, un bateau conduit par quatre hommes, est arrivé par la route de Saint Raphaël et s'est arrêté à l'entrée de la ville. Un personnage, revêtu de la robe des Franciscains en est descendu avec un autre religieux et, arrivé sur la place de la Cathédrale, un dialogue s'est engagé entre lui et une vieille femme, ayant la quenouille au côté et portant le chapeau de feutre noir à larges bords.

Le Saint a demandé à Bertholle (c'est le nom que la tradition a donné à la femme qui la première parla à Saint François). Pourquoi la ville était aussi déserte et solitaire ?Celle-ci a répondu que la peste avait fait mourir une partie de la population, et que le reste, en proie à la terreur, avait pris la fuite.

Le Saint s'est mis aussitôt à genoux, a prié quelques instants et s'est rendu à l'Eglise où il a sonné trois coups de cloche. Il est revenu ensuite annoncer à la vieille femme que la peste avait cessé.

La bonne vieille est aussi entrée dans la Cathédrale sur l'invitation de Saint François et a sonné pendant quelques instants pour annoncer aux habitants de Fréjus que le fléau avait fini et qu'ils pouvaient rentrer dans la ville.
Cette scène si belle et si touchante dans sa naïve simplicité qui rappelle les Mystères que l'on jouait au moyen age, a été, en quelque sorte, le commencement et l'inauguration de la fête.

Nous n'avons pas besoin de dire que les mousquets et les vieux fusils de munition ont fait merveille à la Bravade ! A chaque coup de feu on aurait cru ouïr la voix rauque et brutale du canon. Un brouillard de poudre odorant remplissait les rues et s'étendait sur la ville. Enfin c'était un bruit et un vacarme capables de réveiller dans leurs tombeaux de brique les contemporains de Jules César et d'Agricola.

Mais un spectacle vraiment imposant et qu'on ne trouve que dans nos fêtes méridionales a été celui qu'a offert la procession défilant dans les rues de Fréjus, à la sortie des Vêpres.

En tête apparaissaient les chevaux-frus, dansant aux sons des galoubets et des tambourins champêtres. Les Hussards s'avançaient ensuite, ayant pour armes le sabre et le pistolet et montant des chevaux parfaitement dressés.
Après venaient successivement les Turcos enragés, les marins bronzés, les grenadiers et les voltigeurs qui ne reculent jamais. La marche du cortège était fermée par la municipalité, un grand nombre d'ecclésiastiques du Grand Séminaire, Saint François suivi de son bateau et accompagné d'un religieux, ainsi que la vénérable Bertholle, enfin par Mgr JORDANY entouré de ses chanoines et ayant à ses côté Mgr SOLA, évêque de NICE, qui avait voulu honorer cette solennité de son auguste présence.

La procession marchait lentement, chaque compagnie faisait tour à tour des décharges et des feux de peloton qui retentissaient au loin. Ces joyeuses fusillades jetaient un reflet splendide au milieu des ombres de la nuit qui avaient envahi la ville.

On remarquait dans les rangs un brillant capitaine d'artillerie, glorieux enfant du pays, qui a gagné ses épaulettes en Afrique et en Italie, et un jeune homme plein d'élégance et de distinction qui avait fait preuve d'une générosité chevaleresque pour organiser la fête et lui donner le plus d'éclat possible.

De frais et gracieux visages féminins se montraient aux fenêtres ; plus d'un sourire et d'un regard charmants étaient adressés aux jeunes gens de la Bravade, à tous ces descendants du tendre GALLUS, le poète ami de VIRGILE et des belles Romaines.

La journée du Dimanche s'est terminée par une brillante illumination et un magnifique feu de joie autour duquel toutes les compagnies de la Bravade ont sauté à qui mieux mieux, lancé des serpenteau, fait des évolutions et des décharges de mousqueterie étourdissantes.

Pendant ce temps la musique et les tambourins jetaient au vent du soir leurs notes vives et joyeuses. Ces rumeurs, ces détonations, cette foule bariolée qui chantait et dansait autour du pin flamboyant, ces flammes et ces fusées qui s'élevaient vers le ciel et allaient éclairer les masses de pierres grises des Arènes apparaissant à quelques pas, tout cela formait un tableau à part, véritablement étrange et fantastique.

Ainsi a fini cette journée pleine d'émotions, de bruit et ….. de fumée.
F.D. (Le Var)

Article de presse offert amicalement à l’Association par Madame Jausseran-Troin
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