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Aucun texte écrit, aucun témoignage enregistré n’atteste de la présence de François de Paule dans notre cité. Par ailleurs on ne retrouve qu’à Lyon la trace d’écrits qui confirment le passage de François et de son escorte dans cette ville, en particulier deux lettres patentes du roi Louis XI, au conseiller de la cité lyonnaise.
Pourtant il est clair que tout cet équipage n’est pas arrivé à Lyon sans effectuer de nombreuses étapes. Repartant de Bormes on peut supposer qu’il fut décidé de choisir un itinéraire des moins inconfortables pour rejoindre Tours. Cette route - du Dauphiné - partait de Fréjus, ancien port romain connu et cité épiscopale depuis le Ve Siècle.
Enfin, ayant vraisemblablement eu connaissance de la terrible épidémie qui décimait cette cité, François ne résista pas à l’appel angoissé des survivants. La Charité fit le reste car, sinon, comment imaginer que les Fréjusiens, n’ayant jamais vu ce thaumaturge sur leur sol et en ignorant jusqu’à l’existence, édifieraient huit ans après, en signe de reconnaissance, un couvent pour les religieux Minimes, et une église dédiée à Notre Dame de Pitié ? Ce couvent de Fréjus fut, en 1490, le troisième construit en France après Tours et Amboise. Son importance et sa position centrale en Europe lui vaudront l’honneur d’accueillir trois conventions générales de l’ordre : En 1547, 1556 et 1565.
Mais les Fréjusiens ont du coeur et de la mémoire ! La tradition orale, comme en d’autres domaines, permettra de faire parvenir ce récit miraculeux jusqu’à d’authentiques historiens qui, par la suite, le relateront dans des textes souvent succincts, quelquefois romancés, mais toujours empreints d’une grande conviction.
Dans son imposant ouvrage « S. Francesco Di Paola - Storia dalla sua Vita » le Père Minime Giuseppe Roberti y consacre deux pages, mais c’est bien entendu à Monseigneur Pierre Chaix, Vicaire Général du Diocèse de Fréjus, prélat, poète et historien, que nous emprunterons la version « locale » que nombre de Fréjusiens connaissent d’ailleurs dans les moindres détails. Mais les générations montantes sont en droit de la lire et de l’apprendre à leur tour.
« Le bateau qui emportait François et sa suite longea la côte et arriva en face « de l’antique cité des Césars. C’était aux premiers jours d’avril 1482.(*) Le port « était encore praticable au XVe siècle, quoique en partie ensablé. La tradition, dont « l’historien Fréjusien Girardin (1729) est un sûr témoin, nous apprend que le Saint « entra dans Fréjus par la porte de Mèu (ou Masèu, abattoir). »
(*) L’incertitude subsiste quant à l’année de l’arrivée de François de Paule en France : 1482 ou 1483 ? les manuscrits du couvent des Minimes, les historiens de la Touraine et quasi tous les biographes de Saint François parmi lesquels les Bollandistes, donnent Avril 1482 comme date d’arrivée du Saint à Tours. Ces affirmations sont contredites par « La Chronologie des lettres de Louis XI » publiée par la Société de l’histoire de France qui date de 1483 les lettres du roi concernant l’accueil qui doit être fait à François. Cette date est reprise dans « les documents relatifs au passage de François de Paule à Lyon en 1483 ».
Cette erreur d’une année pourrait être due au changement de calendrier qui, à cette époque avait lieu à Pâques. Le moine serait bien parti des états pontificaux en Février 1482, mais il ne serait arrivé qu’après Pâques, en Avril 1483 à Tours.
Cette coutume du changement d’année était fort complexe depuis très longtemps et chaque état conservait jalousement sa propre règle : En Allemagne ou en Espagne, l’année commençait le jour de Noël, à Venise le 1er mars, etc... Quant à la France où l’an neuf se fêtait le 1er janvier, sur les traités, les registres, et dans tous les écrits administratifs, on ne changeait la date de l’année qu’à partir de Pâques. La pesanteur administrative existait-elle déjà ?
Mais pour nous, amis actuels de Saint François de Paule, cette ambiguïté s’est avérée bénéfique lors des commémorations du 500ème anniversaire de la venue de François de Paule en France. En effet, à Fréjus nous avons pu célébrer l’événement en 1982, ce qui nous a laissé le loisir de participer aux festivités commémoratives de Paola en 1983 !
«Sa première visite devait être pour le bon Dieu. Avec ses deux compagnons, « dont son neveu André d’Alessio et la suite de Guinot de Bussières, il se dirigea « vers la Cathédrale par les rues sinueuses et étroites qui étaient désertes. »
« Cependant, arrivé à « la placette » il aperçut une pauvre femme (la tradition l’a nommée Berthole ou Bertolo) qui filait à la quenouille sur le pas de sa porte.
« D’où vient une si grande solitude ? » interrogea-t-il. Il en connaissait bien la « cause mais il voulait faire de cette femme la messagère des bienfaits de Dieu.
« « Hé ! Mon Père, dit-elle, c’est que la peste est dans nos murs. Une partie des « habitants ont péri ; les autres se sont enfuis ou se tiennent enfermés dans leurs «maisons ».
Permettez ici une digression pour mettre en évidence le symbolisme affirmé par ces deux personnages qui mettent en évidence les trois vertus théologales. Tous deux sont animés de la même foi ; la femme manifeste, contre toute attente, l’espérance ; le Saint confesse la toute puissance de Dieu par la charité.
Reprenons le récit de Monseigneur Chaix : « Alors François de Paule se « recueille... « Priez avec moi le Seigneur » reprend-il. Il se prosterne à genoux et « trace le signe de la croix. Son âme, ardente de convaincre et de charité, implore la « divine miséricorde, suppliant le Souverain Maître d’écarter le fléau. Il se relève. « Avec un accent prophétique et un air inspiré capable de dissiper tout doute : « Allez rassurer tous les habitants. Qu’ils n’aient plus peur de la peste. Par charité « de Dieu le fléau ne fera plus de mal à personne. Que tous reviennent dans leurs « foyers. »
« Cela dit, il se fait conduire à l’église pour adorer celui qui commande à la « maladie et à la mort. La bonne nouvelle est vite répandue : « Peuple de Fréjus, le « « Bon Dieu nous a fait miséricorde ; un saint vient nous l’annoncer. » Elle ranime « la confiance. Le malheur est un si grand maître pour rappeler les choses de la foi ! « Quand le thaumaturge fait tinter la vieille cloche de Jean XXII, les Fréjusiens, « selon la tradition, accourent joyeux vers la cathédrale. La charité de ce juste, dit « Girardin, eut un effet singulier car, depuis ce moment, non seulement le mal « contagieux cessa de faire des progrès, mais encore on vit des malades recouvrer « le santé. »
« Ce fait historique est établi par de très anciens documents : Le Minime Du « Vivier, qui écrivit en 1609 « Vie et miracles de Saint François de Paule », « s’exprime ainsi : « Après les prières du Saint homme envoyées au ciel pour cet « « effet, les malades qui étaient restés dans la ville guérirent, la peste cessa « « entièrement ; et ce qui étaient aux champs, advertis de ces bonnes nouvelles, « « retournent aussitôt chacun en sa maison ... La mémoire de ce miracle est « « commun comme si c’estait chose parfaite présentement. » »
« Le Père Dondé, dans l’un des quatre-vingt médaillons qui illustrent la vie du « Saint composée en 1659, représente « François de Paule, par la vertu du signe de « la croix, guérissant tous les pestiférés de Fréjus. »
Lors de son séjour dans nos murs, les Fréjusiens furent témoins d’autres prodiges. Au moment du départ François bénit ce peuple pieux et reconnaissant en lui donnant l’assurance que la peste ne réapparaîtrait plus à Fréjus. « Depuis cet heureux « jour, dit Girardin, la peste n’a jamais osé approcher notre ville. Pendant les années « 1719, 1720, 1721 où le contagion faisait de grands maux à Aix, Marseille, Toulon et « vint jusqu’au Cannet, à cinq lieues de notre ville, nous fumes préservés de ce « malheur par l’intercession de ce grand Saint. »
Nous verrons plus loin comment les Fréjusiens se remémorent ces événements et fêtent dans le recueillement et l’allégresse ce Saint homme, leur ami, l’intime de Dieu.
Extrait du livre « Saint François de Paule à Fréjus »
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